7 mars 2012 Saint Thomas d’Aquin
Les novices sont en général pleins d’énergie. Il faut même parfois les modérer. Dom Gérard prévenait un jour l’un d’entre eux qui s’usait en activité manuelle : « Attention, il faut durer : aujourd’hui les vocations sont rares. » Dom Gérard savait faire la différence entre activisme et zèle. Il nous l’a montré par sa fidélité à l’office de matines, à la lectio divina, à l’oraison, et à son courrier…
La règle de saint Benoît s’achève par un très beau chapitre sur le bon zèle que les moines doivent cultiver. Mais c’est toute la Règle qui est un grand appel à cette vertu. Car saint Benoît sait bien que la paresse spirituelle guette le moine comme un lion guette sa proie. On l’appelle le démon de midi, où le soleil atteint le zénith et semble ne plus avancer. Le temps paraît long. Le pauvre moine se met à bâiller devant sa table de lecture, à regarder par la fenêtre, à rêver d’autres cieux. Il lui prend d’envie d’aller visiter ses frères, les malades, sa famille. Selon Évagre le Pontique, docteur de vie spirituelle, « l’acédie est un relâchement de l’âme, mais un relâchement qui n’est pas conforme à la nature et ne résiste pas vaillamment aux tentations ». C’est une paresse coupable qui se désintéresse des choses spirituelles. Et comme, sans effort, on ne peut goûter aux joies spirituelles, l’âme en vient à en chercher d’autres plus faciles et donc plus basses. Car selon le principe formulé admirablement par Aristote, « il est impossible à un homme de vivre longtemps sans aucune joie ».
Mais la paresse spirituelle n’est pas l’exclusivité des moines, elle touche tout le monde et peut même devenir contagieuse. L’homme est si influençable! Le Père de Vogüé, décédé récemment après une longue vie monastique à la Pierre-qui-Vire, pleine d’un labeur acharné, l’a très justement noté : « Quand on lit que l’acédie est une “atonie”, comment ne pas songer à l’énorme chute de tension qui suivit le dernier concile, avec ses milliers de défections dans le clergé et la vie religieuse ? Et lorsqu’il nous est dit que l’instabilité caractérise l’acédiaque, notre pensée revient invinciblement à un autre trait de l’aggiornamento post-conciliaire : le besoin maladif de changer. Sans doute invoquait-on les aspirations de la jeunesse, mais ceux qui le faisaient étaient trop souvent des hommes de 40 ans et plus, dont la sollicitude déclarée pour les jeunes cachait mal l’indigence spirituelle et la lassitude. »
Mais venons-en aux remèdes. La meilleure façon de sauver le monde et l’Église est de cultiver le bon zèle afin de le propager autour de soi. Pour aimer le Seigneur avec force, il faut le connaître. Et si nous avons tant de mal à prier et à faire le bien, c’est d’abord que nous ne connaissons pas le Seigneur Jésus. Pour le connaître intimement, il faut commencer par lire les Évangiles. Comme l’affirmait saint Ambroise : «Lorsque nous prenons en main avec foi les Écritures saintes et les lisons avec l’Église, l’homme revient se promener avec Dieu dans le paradis» (lettre 49, 3; PL 16, col. 1204). Pourquoi ne pas prendre comme résolution de carême de lire un Évangile en continu et en entier, ou le missel, comme font certains moines ? Cela en esprit de pénitence, comme le rappelle le Saint-Père dans Verbum Domini : «Une indulgence plénière est concédée aux fidèles chrétiens qui liront au moins une demi-heure la Sainte Écriture selon les textes approuvés par l’autorité compétente et avec la vénération due à la parole de Dieu et dans un but spirituel ; si cette lecture dure moins d’une demi-heure, cette indulgence sera partielle» (Pénitencerie Apostolique, Enchiridion indulgentiarum [16 juillet 1999], Aliae concessiones, 30, § 1).
Apprendre par cœur un passage de l’Évangile et le ruminer est toujours l’occasion d’une grande joie. Ce peut-être l’Annonciation ou les Béatitudes par exemple. Pour les plus courageux se sera le chapitre 17 de saint Jean, ou simplement son admirable finale :
« Père juste, le monde ne vous a pas connu,
Mais moi je vous ai connu,
Et ceux-ci ont reconnu que vous m’avez envoyé.
Je leur ai révélé votre nom et le leur révélerai,
Pour que l’amour dont vous m’avez aimé soit en eux et moi en eux. »
Bon carême !
† F. Louis-Marie, o.s.b.,
abbé