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Les moines ont fait l'Europe,
mais ils ne l'ont pas fait exprès.
Leur aventure est d'abord, sinon exclusivement,
une aventure intérieure,
dont l'unique mobile est la soif.
La soif d'absolu.
La soif d'un autre monde,
de vérité et de beauté,
que la liturgie avive,
au point d'orienter le regard
vers les choses éternelles ;
au point de faire du moine
un homme tendu de tout son être
vers la réalité qui ne passe pas.
Avant d'être des académies de science
et des carrefours de la civilisation,
les monastères sont des doigts silencieux
dressés vers le ciel,
le rappel obstiné, intraitable,
qu'il existe un autre monde,
dont celui-ci n'est que l'image,
qu'il annonce et qu'il préfigure.
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