Chronique de l'abbaye, mai - juillet 2026

Jeudi 30 avril : « Le roi se meurt »… Et le Père Matthieu s’en va à Bellefontaine, troquant sa charge de Maître des Frères contre celle de cellérier.…

Vendredi 24 avril : Salle comble pour Mme Laurence Trochu, qui vient présenter son livre Maman, j’ai vu Jésus, où elle relate le grave accident qui a bouleversé sa famille il y a neuf ans. Les expériences de mort imminente (EMI) ne sont pas un article de foi, mais, considérées à leur juste place, elles peuvent contribuer à faire grandir notre désir du ciel ! La conférencière cite très justement ce passage du chapitre iv de la Règle, si cher aux contemplatifs : « désirer la vie éternelle en toute avidité spirituelle ».

Jeudi 30 avril : « Le roi se meurt »… Et le Père Matthieu s’en va à Bellefontaine, troquant sa charge de Maître des Frères contre celle de cellérier. Ce jeudi, à la place de la conférence hebdomadaire, les Frères lui jouent un extrait de cette pièce classique d’Eugène Ionesco, mise en scène par son successeur, Père Irénée.

Vendredi 1er mai : Après trois ans de noviciat, Frère Dismas émet ses premiers vœux au cours d’une cérémonie riche en symboles. Ayant montré à toute la communauté la charte calligraphiée de sa propre main, il se prosterne au milieu du sanctuaire, reçoit le scapulaire long en signe de sa consécration, puis l’accolade de chacun. Quand un moine offre sa vie à Dieu, c’est Dieu qui s’engage le premier : le geste de l’accolade est le signe de cette fidélité du Père céleste, qui se manifeste aussi à travers la fidélité des anciens envers leur nouveau frère. Fidélité également de ses parents, frères et sœurs, neveux et nièces venus nombreux pour célébrer cette étape importante.

Jeudi 14 mai : Un fidèle de Sarcelles (95) pérégrinant à pied jusqu’à la Bonne Mère de Marseille fait un détour par l’abbaye, pour y déposer une enveloppe pleine d’intentions de prières de ses co-paroissiens ! Ce beau geste nous rappelle notre vocation, et combien la prière de l’office, spécialement des psaumes, rejoint tous les membres de l’Église dans les épreuves de leur vie quotidienne.

Samedi 9 mai : C’est au tour de Frère Colomban de s’engager par des vœux. Solennellement cette fois, c’est-à-dire définitivement. Pendant l’offertoire de la messe, il dépose lui-même sa charte sur l’autel ; un geste qui rappelle que la vie monastique est un sacrifice quotidien, intrinsèquement lié au grand sacrifice eucharistique. Pour cette occasion, ses frères et sœurs interprètent (entre autres) l’ouverture du Te Deum de Charpentier, avec trompette à l’appui, et sa famille offre au monastère… un télescope. Faut-il y voir encore une invitation à regarder vers les choses d’en haut ?

Samedi 23 mai : « Veni, Sancte Spiritus ! » Alors que la chaleur d’un après-midi de mai pèse sur les vaillants pèlerins de Chartres, un autre feu embrase l’abbatiale de Sainte-Madeleine : la messe de la vigile de Pentecôte, suivie des Vêpres pontificales célébrées par le Père Abbé. Mais, au fait, pourquoi cette fantaisie ? Pourquoi ne célébrez-vous pas une messe le matin, comme d’habitude ? Pour des principes liturgiques immémoriaux : étant donné qu’il n’existe pas d’office propre pour la vigile de Pentecôte, la messe de la vigile ne peut être célébrée qu’après l’office de None du samedi, qui conclut le temps de l’Ascension. « Il y eut un soir, il y eut un matin », dit la Genèse : le premier office de la journée, ce ne sont pas les Matines, mais les Vêpres.

Lundi 8 juin : Sainte-Madeleine s’embellit encore. Deux novices ont forgé une grande arche en fer pour encadrer la statue de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus dans le jardin côté moines, en attendant que le jasmin et les rosiers la recouvrent. Une nouvelle gouttière installée par un artisan local se voit rehaussée d’un Sacré-Cœur en cuivre ; et Marie-Agnès Lartigue, ancienne élève d’Albert Gérard, pose dans la niche de l’infirmerie une mosaïque représentant Tobie, l’ange Raphaël et l’énigmatique chien qui les suivait. Ce travail de plus de deux ans a été réalisé d’après un dessin du Père Abbé. La mosaïque est l’art chrétien par excellence, où chaque petite tesselle, bien qu’unique en sa forme, prend place dans la grande composition, pour reproduire avec toutes les autres le visage du Christ ou de ses saints. N’est-ce pas une magnifique image de l’Église ?

Samedi 13 juin : La fibre optique s’installe (enfin) au monastère ! Une petite concession, bien commode il est vrai, à la modernité et à son rythme effréné. Au même moment, le cloître des hôtes fait peau neuve : une fois la terre bien nivelée grâce à un effort commun du noviciat, des rouleaux de gazon (autre invention révolutionnaire) sont déroulés sous les yeux intrigués des retraitants. Entre-temps, l’un des quatre jeunes cyprès florentins du grand cloître n’a pas résisté à une invasion de pucerons : Frère Victor a dû le couper…

Lundi 22 juin : Les collégiens de Saint-Joseph nous interprètent Le Médecin malgré lui, de Molière, dans son intégralité. Gros succès et beaucoup de travail ! On admire l’aisance de tous ces très jeunes acteurs en herbe, qui ont pu retenir si brillamment de longues tirades.

Samedi 27 juin : Père Jean, récemment nommé sous-prieur, baptise sa nièce Agathe avec un peu d’eau puisée aux sources du Jourdain en Terre sainte lors de son voyage d’études au printemps 2025. Père Mayeul assiste à l’ordination sacerdotale de son neveu Ambroise Choné, o. p., à Toulouse.

Lundi 29 juin : Lecture au réfectoire de l’excellent article du Père de Blignières (Fraternité Saint-Vincent-Ferrier) sur la nouvelle déchirure occasionnée dans l’Église par les sacres de la Fraternité Saint-Pie X le 1er juillet. Une intention de prière qui nous touche de près, puisque Dom Gérard avait fait le choix de rester uni à Pierre dans les mêmes circonstances, il y a 38 ans.

Jeudi 9 juillet : « À la belle fontaine, des Frères ont essaimé ; ils sont une douzaine, triés sur le volet. Il y a longtemps que je t’aime, jamais je ne t’oublierai… » C’est sur cet air bien connu que lors d’une petite fête nous disons au revoir aux douze fondateurs de Bellefontaine. La dernière accolade fraternelle a lieu en silence dans le cloître, après les Laudes : « Ça fait un effet gueule de bois ! » commente un Frère, un peu sonné par le départ. Dom Gabriel Sortais, abbé de Bellefontaine, écrivait si justement au début de la guerre de 1939-1945 dans une lettre circulaire : « Je ne sais plus quel était l’illustre imbécile qui prétendait savoir que, dans les cloîtres, on vivait côte à côte sans s’aimer ! »

Dimanche 12 juillet : Côté fidèles, une quarantaine de voix s’élèvent dans l’église à la fin de l’office de Sexte, reprenant les paroles que prononce chaque moine lors de sa consécration religieuse : « Suscipe me, Domine, secundum eloquium tuum, et vivam ! » (Ps 118) : c’est la rénovation des promesses qui clôt la retraite des oblats séculiers. Ces chrétiens désireux de vivre selon l’esprit de saint Benoît dans le monde sont venus se ressourcer pendant une semaine auprès de leur communauté. Et leur présence fait oublier, un instant, à quel point les stalles sont vides depuis trois jours…

Mercredi 22 juillet : Cette année c’est l’abbé Clément Loup, prêtre du Chemin néocatéchuménal pour le diocèse d’Avignon, qui prononce l’homélie de la Sainte-Madeleine avec une belle simplicité évangélique. « Quittez votre double vie, et suivez le Christ. Cela vaut vraiment le coup ! » La sainte patronne de la Provence nous appelle tous à la suivre sur le seul chemin qui vaille, celui de la conversion.

Chronographus