L’HISTOIRE DE L’ÉGLISE RACONTÉE À MES ENFANTS

Benoît (8 ans), Thérèse (10 ans), Pierre (15 ans) et Sophie (17 ans) entourent leur père, qui leur raconte comment l’Église a pris toute sa dimension universelle en s’ouvrant aux païens (les gentils).

L’Église se tourne vers les païens

Thérèse Qui étaient les personnages les plus marquants de la primitive Église ?

Le père Pierre, Jean et Jacques.

Pierre C’est surtout Pierre qui parle aux foules…

Le père Oui, et son ton est touchant. C’est un homme qui s’adresse à des âmes à travers ses propres fautes. Et puis, il est très mesuré dans ses paroles. Il porte la lourde responsabilité de l’Église et l’engage par sa manière d’agir et de parler. Il se doit de tout tempérer d’autorité, de réserve et de simplicité.

Benoît Et Jean ?

Le père Jean parle peu en public. Il accompagne souvent Pierre dans ses tournées missionnaires. Mais il vit plus retiré. Il a la garde de la partie la plus précieuse du troupeau : la Mère de Dieu. Dans son évangile, à la fin du premier siècle, il nous transmettra des souvenirs précis de la vie de Jésus. Beaucoup pensent aussi que les récits de l’enfance rapportés par saint Luc viennent de lui. Il a recueilli les paroles de Marie.

Benoît Et Jacques ?

Le père Jacques (pas le frère de Jean) est le type parfait du juif chrétien. « Frère » du Seigneur (à l’époque, on appelait « frères » les cousins), il a autorité sur le petit troupeau de Jérusalem. Il passe sa vie en prière. Il nous a laissé une épître pleine de vivacité et d’énergie. D’après lui, il faut peu parler et beaucoup agir. On montre qu’on est chrétien avant tout par ses sentiments fraternels.

Sophie Mais l’Église n’est pas restée à Jérusalem…

Le père Effectivement, les apôtres s’en sont éloignés de plus en plus : la Samarie, la Cyrénaïque, Chypre, la Syrie et surtout Antioche, la troisième plus grande ville de l’Empire après Rome et Alexandrie, qui comptent chacune un million d’habitants.

Benoît Et Antioche ?

Le père Sans doute 500 000. C’est là que les « chrétiens » reçoivent leur nom. On les appelle ainsi pour se moquer d’eux en les désignant par leur fondateur, sans qu’on puisse dire si la désignation vient du peuple ou des autorités romaines.

Thérèse Y eut-il beaucoup de conversions là-bas ?

Le père Oui, et il s’agit surtout de non-juifs. Ils sont baptisés et reçoivent l’Esprit Saint ! Fait inouï, qui dérange toutes les idées du peuple juif et cause un grand embarras à Jérusalem.

Pierre Saint Pierre avait pourtant reçu une vision à Joppé avec une nappe l’invitant à manger des animaux jugés impurs par la loi juive. Ce qui signifiait clairement que, depuis la mort de Jésus, les prescriptions alimentaires et autres devaient s’effacer. Comme il rendait visite, juste après, à la famille du centurion Corneille, ces païens furent remplis de l’Esprit Saint. Pierre en conclut qu’il devait les baptiser…

Thérèse Donc tout était réglé !

Le père Pas du tout, ma pauvre ! Les juifs devenus chrétiens pensaient sincèrement que tous les peuples devaient se faire juifs avant d’être autorisés à recevoir le baptême. Il faut du temps pour changer les mentalités d’un peuple particulariste et l’ouvrir à une religion universelle. Les choses se sont faites par crises successives.

Pierre Pourquoi Jésus n’a-t-il pas prévenu les apôtres de cette crise à venir, où l’Église a manqué d’être étouffée ?

Le père C’est une bonne question. La réponse est : parce qu’il ne l’a pas voulu.

Sophie Et comment Pierre s’en est-il sorti ?

Le père De retour à Jérusalem, il se fait prendre à partie par les juifs chrétiens et il explique d’une manière tout affectueuse les raisons de sa conduite : « Si Dieu leur a fait la même grâce qu’à nous qui avons cru au Seigneur Jésus-Christ, qui étais-je, moi, pour m’opposer à Dieu ? »

Thérèse Et pendant ce temps, que se passe-t-il à Antioche ?

Le père Barnabé y est envoyé et reconnaît l’œuvre de Dieu. Il appelle un jeune juif converti, Saul de Tarse (futur saint Paul), et tous deux travaillent dans ce champ, où le bien se fait en grand. Les zélateurs de la loi juive en sont scandalisés. Il se fait alors une scission extrêmement violente entre chrétiens issus du judaïsme et du paganisme.

Sophie — Comment a-t-on empêché l’explosion ?

Le père Paul et Barnabé conviennent de se rendre à Jérusalem pour s’entendre avec les apôtres. C’est le premier concile. La discussion est longue et animée. Pierre veut qu’on admette que les païens sont appelés au salut et ne doivent pas être obligés à se faire juifs. Jacques, lui, veut surtout éviter de scandaliser les 20 000 juifs convertis de Jérusalem, qui risqueraient de quitter l’Église. Et il propose un compromis : les gentils pourront entrer dans l’Église sans passer par les observances mosaïques, sauf celles essentielles aux yeux des juifs. Ce compromis provisoire est acceptable et on l’assortit d’une magnifique formule introductive : « Il a plu au Saint-Esprit et à nous… »

Pierre Il y a quand même eu une petite dispute entre Pierre et Paul…

Le père Pure question de conduite prudentielle. Ayant mis trop d’empressement à complaire aux juifs convertis, Pierre s’est vu reprendre par le grand apôtre, et s’est incliné.

Sophie Mais si on peut être chrétien sans les observances juives, quelle est leur valeur ?

Le père Elles n’ont eu qu’une fonction éducative : le salut éternel, quant à lui, vient uniquement de la grâce. Jésus nous a sauvés par son sang versé sur la croix. Là seulement a été scellée la nouvelle et éternelle alliance.