L’histoire de l'Église racontée à mes enfants

Benoît (8 ans), Thérèse (10 ans), Pierre (15 ans) et Sophie (17 ans) entourent leur père ; il leur raconte la conversion de saint Paul.

La conversion de saint Paul

Thérèse — N’est-ce pas saint Paul qui en a fait le plus pour répandre la foi dans le monde entier ?

Le père — Certainement. Il sait qu’il n’y a pas d’autre sauveur que Jésus mort et ressuscité. Alors il annonce cette « bonne nouvelle » jusqu’à l’extrémité de l’Empire romain : l’Espagne actuelle.

Pierre — Il faut dire que lui-même était un converti…

Le père — Oui, et cette conversion constitue un fait capital dans l’histoire de l’Église.

Benoît — Paul était-il un juif fervent ?

Le père — Oui, il a eu pour maître les rabbins les plus célèbres. Ainsi il est devenu un interprète inégalable du Livre saint : docteur en théologie, en droit, en dialectique juive. Comme tout bon Juif, il a aussi appris un métier manuel : il tisse de la toile de tente, une étoffe grossière mêlée de poil de chameau. Il rappelle lui-même volontiers le proverbe : « Celui qui ne travaille pas n’est pas digne de manger. » Paul observe le moindre iota de la loi juive. C’est pour cette raison qu’il s’imagine devoir persécuter les chrétiens.

Benoît — Il a même gardé les manteaux des Juifs qui lapidaient saint Étienne !

Le père — La tradition a toujours considéré que Paul a été converti par le sang d’Étienne, quand, avant de mourir, celui-ci s’écria d’une voix forte : « Seigneur, ne leur imputez pas ce péché ! »

Benoît — Paul se convertit un an après la mort d’Étienne, sur le chemin de Damas. Jésus lui apparaît et lui dit : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? »

Le père — Oui, Saul était le nom juif de Paul. La rencontre de Paul avec la personne de Jésus, le crucifié ressuscité, est pour lui décisive. Il comprend que Jésus est « le Seigneur », c’est-à-dire Dieu lui-même, Yahvé. Cette révélation, qui lui vient à 25 ans, accomplit en profondeur sa vision juive : le Messie, annoncé par Moïse et les prophètes, est venu : il l’a vu.

Sophie — J’ai entendu des gens prétendre que Paul avait seulement changé de fanatisme…

Le père — Tiens donc : il y a quand même une certaine différence entre lapider les autres et être prêt à se laisser lapider par amour du Christ, tu ne penses pas ? D’ailleurs, l’expérience montre que se convertir à Jésus exige une lutte intérieure intense et pénible, où se reconnaît le doigt de Dieu. Changer un cœur est plus grand que créer un monde !

Benoît — Pourtant, pour saint Paul, cela s’est fait tout seul : il a vu Jésus, il est tombé à terre, il a demandé au Seigneur ce qu’il voulait qu’il fasse. Ananie l’a baptisé et tout était réglé !

Le père — Crois-tu vraiment cela, Benoît ? Saul tombant à terre était un persécuteur. Et le même, exactement le même, endure dans son corps les pires souffrances pour Jésus : flagellations, lapidation, naufrages, soucis incessants, l’honneur de porter en son corps les stigmates de la mort du Christ. À mon avis, rien de tout cela ne s’est fait tout seul…

Pierre — Ça doit être bien de se convertir ainsi d’un seul coup, pour toujours, et complètement ! Alors que nous, nous n’en finissons pas de nous défaire de nos péchés…

Le père — Paul était un homme d’action. On le constate dès son premier cri à Jésus qui lui apparaît : « Seigneur, que voulez-vous que je fasse ? » Sa vie prouve qu’il était doté d’une volonté de fer, persévérante. Jésus aime ce type de caractère et il le dit à Ananie : « Cet homme est mon instrument de choix… Je lui apprendrai tout ce qu’il doit souffrir pour mon nom. » Saint Paul se réjouissait pourtant de ses infirmités, pour qu’habite en lui la force du Christ.

Benoît — Trois jours après sa conversion, Paul, aveugle depuis la vision sur le chemin de Damas, reçoit le baptême. Il retrouve alors la vue.

Thérèse — Il en sait des choses, mon petit frère ! Et où Paul est-il parti après ?

Le père — En Arabie, pour trois ans de solitude : il approfondit sa foi nouvelle. Puis Barnabé vient le chercher.

Pierre — Bientôt commenceront les grandes missions…

Le père — Paul est le « semeur qui sort pour semer sa semence ». Le sillon est long mais tellement profond que le christianisme a germé partout. « C’est par la grâce de Dieu que je suis ce que je suis, a-t-il insisté, et sa grâce en moi n’a pas été vaine. »

Sophie — Beaucoup de gens ont une dent contre saint Paul : on l’accuse d’être un misogyne fini !

Le père — Une telle réputation vient de trois phrases hors contexte et montées en épingle… Saint Paul n’a jamais cessé de s’appuyer sur de saintes femmes qui ont collaboré avec lui et dont il dit le plus grand bien. Personne plus que lui ne s’est montré aussi exigeant dans les devoirs des hommes envers leur épouse : « Maris, aimez vos femmes, tout comme le Christ a aimé l’Église et s’est livré pour elle… » Un homme ne doit-il pas être prêt à tout pour l’amour de sa femme ?

Sophie — J’avoue que cela va loin…

Le père — La vérité est que Paul est un brasier d’amour. C’est aussi un homme heureux, parce qu’il a fait du bien et qu’il le sent. Le bien que nous faisons est la seule chose qui nous reste à la mort.