L’histoire de l'Église racontée à mes enfants
Benoît, Thérèse, Pierre et Sophie sont autour de leur père. Sur la table, la carte de la Gaule ressemble à un puzzle bien compliqué.
Benoît, Thérèse, Pierre et Sophie sont autour de leur père. Sur la table, la carte de la Gaule ressemble à un puzzle bien compliqué.
Les temps mérovingiens : un royaume en morceaux, une Église qui rassemble
Benoît — Papa, les Mérovingiens commencent-ils avec Clovis ?
Le père — Oui, les Mérovingiens règnent depuis Clovis, en 481, jusqu’à Pépin le Bref, en 751. C’est une longue période, mais très agitée. La Gaule n’est pas encore un pays vraiment uni : on y trouve des Gallo-Romains, des Francs, d’autres peuples barbares, des chrétiens catholiques, des ariens, des coutumes différentes et des lois multiples. Bref, toute une mosaïque humaine.
Pierre — Donc ce n’était pas simple à gouverner !
Le père — En effet, d’autant plus que tous ne considèrent pas alors le pouvoir de la même façon. Trois visions du pouvoir coexistent : la romaine, tournée vers le bien commun ; la barbare, centrée sur le chef guerrier et ses fidèles ; la chrétienne, qui voit l’autorité comme une mission reçue de Dieu.
Sophie — Et qu’en pense Clovis ?
Le père — Clovis reste d’abord un roi franc. Il conquiert, il distribue le butin à ses guerriers, il agrandit son domaine. Pour lui et pour ses fils, le royaume ressemble encore beaucoup à un bien de famille. Quand le roi meurt, il le partage entre ses enfants.
Thérèse — Comme une pomme coupée en quartiers ?
Le père — Exactement. Mais vous imaginerez sans peine que chaque enfant va trouver son quartier trop petit ! Ainsi les frères se disputent, les reines s’opposent, les territoires sont réunis puis séparés. L’unité du royaume reste toujours fragile. Le pouvoir prend un caractère privé : les hommes servent le roi parce qu’ils lui sont attachés directement, et le roi vit des revenus de ses terres.
Pierre — Mais les Francs ont quand même gardé des institutions romaines ?
Le père — Heureusement ! Ils reprennent certains usages de l’Empire : la chancellerie, des titres prestigieux, un peu d’administration locale. Clovis reçoit même le titre de consul de la part de Byzance. Les rois fréquentent aussi l’Église : ils reçoivent les sacrements, demandent conseil aux évêques, donnent des biens aux églises et aux monastères. Mais attention : ils ne sont pas encore sacrés rois comme le seront plus tard les Carolingiens.
Benoît — Et les fameux « rois fainéants », alors ?
Le père — L’expression vient surtout de la période postérieure à Dagobert, mort en 639. Peu à peu, l’autorité royale s’affaiblit. Les rois accèdent trop jeunes au pouvoir et meurent tôt. Les maires du palais (fonction équivalente à celle de premier ministre), surtout les Pippinides en Austrasie, deviennent les vrais maîtres du pouvoir. Le roi reste en place, mais, en fait, il gouverne de moins en moins.
Sophie — Et pour les lois, comment fait-on avec tous ces peuples si différents ?
Le père — C’est très particulier. On demande à chacun : « Sous quelle loi vis-tu ? » Un Gallo-Romain pouvait relever du droit romain, un Franc de la loi franque. Il n’y avait donc pas une loi unique pour tout le monde. Et si deux personnes issues de peuples différents entraient en procès, cela pouvait devenir compliqué.
Pierre — Le droit barbare était-il dur ?
Le père — Non, il était surtout très concret. Il fonctionnait souvent avec des tarifs de composition : les délits étaient compensés par des indemnités fixées à l’avance, même pour un meurtre. L’objectif était d’éviter les interminables vendettas familiales.
Thérèse — Et l’Église, dans tout cela, que devenait-elle ?
Le père — Elle tenait bon. Les évêques sont souvent les figures les plus stables dans les cités. Ils continuent à encadrer les populations, à conseiller, à organiser la vie chrétienne. Dans les campagnes, de petites églises apparaissent aussi peu à peu : ce sont les débuts de ce qui deviendra plus tard le réseau paroissial. Les bourgs ont leurs prêtres, les grands domaines fondent parfois leurs propres églises.
Benoît — Donc l’évangélisation avance dans les campagnes ?
Le père — Certes, mais, bien sûr, cela prend du temps. Ce qui rend aussi l’Église solide, c’est qu’elle conserve une foi et une morale invariables, et son propre droit, fondé sur l’Écriture, les Pères de l’Église, les conciles et les décisions des papes. On rassemble ces textes dans des collections canoniques, comme celle de Denys le Petit vers l’an 500.
Pierre — Mais les mentalités barbares entrent aussi dans l’Église ?
Le père — Évidemment. On le voit entre autres dans les pénitentiels, c’est-à-dire les codes réglant les pénitences données en confession. Comme les lois barbares tarifent les délits, de même les pénitentiels tarifent les fautes : à tel péché correspond telle pénitence. Par exemple, un meurtre peut entraîner dix ans de jeûne au pain et à l’eau. Si un tel usage peut nous paraître étrange, il a pourtant une valeur éducative : il aide les chrétiens à prendre conscience de la gravité des divers péchés.
Sophie — Et les moines, quel a été leur rôle ?
Le père — Un rôle immense. Deux traditions se rencontrent : celle de saint Benoît, plus équilibrée et mesurée, et celle de saint Colomban, plus rude, missionnaire et héroïque. Vers 640, ces courants commencent à se rejoindre. Et, grâce à cela, la Gaule se couvre de monastères, surtout au Nord et dans les campagnes.
Benoît — Et que faisaient les moines de toute la journée ?
Le père — Ils priaient, travaillaient et copiaient des manuscrits, sauvant de la sorte une part importante de la culture antique. Les monastères deviennent des pôles de stabilité et de vie chrétienne.
Pierre — Les temps mérovingiens ne sont donc pas entièrement négatifs ?
Le père — Non, tant s’en faut ! S’ils nous montrent des royaumes partagés, des lois multiples, un pouvoir fragile, ils sont aussi féconds : les évêques maintiennent la vie chrétienne, les moines fondent des monastères, les livres sont conservés, et ainsi une unité nouvelle commence à germer.
Thérèse — C’est une petite graine dans une terre difficile ?
Le père — Une terre pleine de boue, de pierres et de ronces… mais Dieu sait y faire pousser de belles moissons. Il aime faire sortir de grandes choses dans des conditions difficiles pour qu’on y reconnaisse sa main.







