Jubilé du Sacré-Cœur

Il y a quelques mois, le Père Étienne Kern, recteur du sanctuaire de Paray-le-Monial, est venu à l’abbaye nous annoncer l’ouverture d’un jubilé des apparitions du Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie…

8 septembre 2023

Nativité de la Sainte Vierge

Il y a quelques mois, le Père Étienne Kern, recteur du sanctuaire de Paray-le-Monial, est venu à l’abbaye nous annoncer l’ouverture d’un jubilé des apparitions du Sacré-Cœur à sainte Marguerite-Marie. Le recteur désirait me rencontrer en personne parce qu’il souhaitait de toute son âme inviter un maximum de monde, sans oublier les fidèles attachés à l’antique liturgie. Le 27 décembre prochain, Mgr Rivière célébrera la messe inaugurale de ce jubilé, 350 ans après la première apparition. Le jubilé se prolongera jusqu’au mois de juin 2025, et s’achèvera par une messe pontificale célébrée, en la fête du Sacré-Cœur, par Mgr Fisichella, pro-préfet du Dicastère pour l’Évangélisation.

Le Père Kern assure que vous êtes tous les bienvenus, individuellement ou en associations, et que Mgr Rivière, évêque d’Autun, autorise la célébration selon la forme ancienne. C’est un signe de la bonté du Seigneur qui, après les grandes inquiétudes des dernières années, vient nous consoler en nous incitant à repartir dans cette grande unité d’une seule et même foi vécue selon des modalités différentes. N’est-ce pas le Sacré-Cœur de Jésus qui a répandu sur le monde le sang et l’eau ? Pas seulement l’eau, mais aussi le sang. L’histoire de l’Église montre qu’il y a toujours eu différentes écoles de pensée et de théologie : Alexandrie n’était pas Antioche, les orientaux ne sont pas des occidentaux mais, comme le disait saint Jean-Paul II, l’Église a deux poumons. À nous qui avançons actuellement sur une ligne de crête dans notre attachement indéfectible au Saint-Siège et à la liturgie traditionnelle, ce pèlerinage à Paray-le-Monial constitue une invitation du Seigneur à reprendre ce grand travail d’unité, unité qui doit s’opérer avec plus de hauteur, de profondeur et de largeur.

N’oublions pas que ce Cœur blessé, déchiré, qui a cessé de battre sur la croix, s’est remis à vivre après l’ouverture opérée par la lance du soldat : non plus en vue d’irriguer le corps physique du Christ, mais pour vivifier son Corps Mystique qui est l’Église, par l’eau du baptême et le sang eucharistique. Ce divin Cœur est la source et le sommet de la vie chrétienne : nos combats ne peuvent porter de fruits s’ils ne découlent de Sa grâce et s’ils ne retournent à Lui.

Je recommande vivement à tous les fidèles, et plus particulièrement à ceux qui sont inquiets des « chemins nouveaux de l’Église », à ceux qui se sentent totalement dépassés, à ceux qui sont découragés comme à ceux qui se préparent à se battre, de profiter de ce jubilé pour retrouver la lumière et la force. Le temps n’est pas contre nous, car la grâce de Dieu est là. Le Sacré-Cœur n’est pas une histoire du passé, mais une actualité enracinée dans l’éternité de Dieu. Baudelaire lui-même, dans son poème L’Horloge, avouait que les « minutes, mortel folâtre, sont des gangues qu’il ne faut pas lâcher sans en extraire l’or ». J’espère que ce jubilé sera pour vous tous comme un nouveau Thabor, un sommet où le Seigneur fera apparaître à vos yeux sa puissance et sa bonté.

Un des plus beaux mystères de la dévotion au Sacré-Cœur est admirablement résumé dans la collecte de la messe de la fête. La prière de l’Église nous oriente vers une direction où la réparation reste inséparablement unie à la charité. Bien plus, c’est le fervent hommage de piété qui constitue l’âme de la réparation. Il ne s’agit pas de se faire du mal pour compenser le mal qui se déchaîne dans le monde, et souvent dans nos vies, mais de réorienter nos âmes vers Celui qui est, je le redis, la source et le sommet de toute vie chrétienne. Dans son encyclique Haurietis aquas in gaudio, Pie XII rappelait que la dévotion au Sacré-Cœur était le chemin le plus rapide, le plus droit pour devenir un saint, mais aussi un chemin de véritable conversion. Or notre conversion est urgente. Comment vouloir sauver le monde si nous ne commençons pas par réorienter nos âmes comme un aimant vers le pôle ? La meilleure façon de réparer, c’est de faire le bien et de commencer par mieux connaître et mieux aimer le Seigneur si bien dépeint dans son Sacré-Cœur. La sainteté n’est-elle pas d’imiter Notre-Seigneur ? Comment pourrions-nous l’imiter si nous ne le regardons pas avec piété ? Et n’est-ce pas justement dans le Sacré-Cœur que les saints comme Mère Teresa ont puisé la force de faire tant de bien de façon si désintéressée ? Oui, cent fois oui. Eh bien ! Allons à Paray demander au Seigneur cette charité qui ne cherche qu’à se répandre dans l’histoire.

† F. Louis-Marie, o. s. b., abbé