Pour le meilleur et pour le pire
Les chartreux ont pour devise « la croix reste stable dans un monde qui tourbillonne » (Stat crux dum volvitur orbis)…
3 septembre 2026
Saint Pie X
Pour le meilleur et pour le pire
Les chartreux ont pour devise « la croix reste stable dans un monde qui tourbillonne » (Stat crux dum volvitur orbis). Cela est vrai en tout temps, mais était encore plus manifeste le mois de juillet dernier. Nous avons suivi bien sûr l’affaire des sacres épiscopaux à Écône. Nous pleurons pour cet acte schismatique, malheureusement bien prévisible. La Fraternité Saint-Pie X était prisonnière de sa logique interne. Les effets de cet acte, qui vient aggraver sa situation canonique, se feront progressivement sentir comme dans tous les mouvements coupés de la sainte Église, seule détentrice des privilèges d’infaillibilité et d’indéfectibilité. Un prélat nous disait qu’il suffisait de s’asseoir et d’attendre. Je préfère prier pour qu’un miracle arrive. Que les évêques concernés soient les instruments de Dieu pour un retour à la pleine communion. Je prie à cette intention : que leur geste, source de malheur, soit changé par Dieu en occasion de bien.
Quelques jours auparavant, j’étais informé de la démission du Père Placide de Bellaigue et de sa disparition soudaine. Il a été ensuite affirmé qu’il avait été enlevé. Bellaigue est une filiale de Santa Cruz, prieuré planté au Brésil en 1986 par Dom Gérard, notre fondateur. Lorsque Santa Cruz s’est détaché violemment de notre monastère en août 1988, Dom Gérard a prophétisé que le Bon Dieu ne pouvait bénir une œuvre basée sur une si grave impiété. Depuis 15 ans que le Père Placide dirige Bellaigue, plus d’une vingtaine de profès perpétuels ont quitté sa communauté. La Fraternité Saint-Pie X, pour des raisons graves, avait demandé à ce supérieur de démissionner. Mais pourquoi lui aurait-on obéi, puisqu’elle se situe en marge de l’autorité suprême de l’Église ?
Plus grave encore fut cette récente loi française permettant de tuer. Nous pleurons là un men-songe, un crime contre les âmes, et un péché gravissime contre Dieu, qui va profondément diviser la société. Mgr Micas, évêque de Tarbes et Lourdes, a parfaitement décrit la malice de cette loi en elle-même, dont nous ne mesurons pas encore toutes les conséquences. Simone Veil disait qu’elle n’avait pas prévu les changements de mentalité que provoquerait sa loi légalisant l’avortement. Elle s’est aperçue, trop tard, que la mentalité collective était passée du « droit de l’enfant » au « droit à l’enfant. » L’enfant était d’une certaine manière chosifié. Mais cela a provoqué aussi toute une vio-lence dans l’inconscient collectif. On peut estimer que tous les enfants nés après 1975 sont des res-capés de l’avortement. Il y a dans l’atmosphère mentale une profonde insécurité. Et comme toute déshumanisation crée de la violence, il est prévisible que les économies espérées par les politiques pour la sécurité sociale seront largement dépassées par le prix des destructions dues à cette violence.
Cependant, comme le disait le Père Prieur de Bellefontaine, notre Père Raphaël, ne nous inquié-tons pas outre mesure, car ce ne sont pas les hommes qui décideront de la fin de monde, mais le Seigneur, le seul et vrai maître de l’histoire. Et le mois écoulé nous a donné aussi des signes d’espérance. Fin juin, j’ai assisté à Rennes à une double ordination sacerdotale dans une cathédrale pleine de familles et de jeunes prêtres. Le 11 juillet, les trappistes de Bellefontaine transmettaient leur abbaye à douze moines bénédictins en présence de deux évêques légitimes et de deux mille fidèles. Le 17 juillet, j’ai eu l’immense joie d’assister au vernissage de l’exposition des œuvres d’Henri Charlier, un maître de l’art chrétien et par là un artisan profond de l’édification des âmes et de la société. À la fin du mois de juillet, je donnais le saint habit à un jeune moine. Chez nos moniales, plusieurs regardantes ont fait un séjour de discernement.
Et le 20 août dernier, un jeune moine faisait profession à Bellefontaine. Le monde tourne, un monde lourd de menaces. La Croix, elle, reste stable : une croix bien petite, certes, mais qui demeure, par la sainte Église, le sacrement du salut.







