Un livre : L'histoire d'une âme

En 1897, une carmélite de 24 ans meurt à Lisieux, Thérèse Martin, en religion Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face

TOLLE, LEGE : PRENDS ET LIS !

Au moment où l’enseignement de Dom Chautard et de Dom Marmion se répand rapidement (voir les deux dernières Lettres aux amis), deux astres d’une exceptionnelle grandeur apparaissent dans le ciel de l’Église : Thérèse de Lisieux et Charles de Foucauld. Ils enthousiasment le monde catholique, témoignant de la force attractive et irrésistible qu’une vie intérieure extrêmement intense peut donner à des êtres qui se sont écartés du monde.

En 1897, une carmélite de 24 ans meurt à Lisieux, Thérèse Martin, en religion Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus et de la Sainte Face. Elle laisse des écrits autobiographiques rédigés par obéissance. Le Carmel les publie l’année suivante sous le titre Histoire d’une âme. On tire timidement à 2 000 exemplaires, en se demandant s’il sera possible de les écouler. Dès 1899, 6 000 livres ont déjà été vendus. L’accueil est chaleureux, mais ce n’est pas encore un triomphe : des ecclésiastiques influents émettent des réserves contre une « sainteté à l’eau de rose, qui passera vite » !

Ces réticences ne pèseront pas lourd face au formidable élan populaire qui s’affirme. Celui-ci devient irrésistible avec la guerre. L’angoisse pousse à la prière. Et la petite Sœur Thérèse propose une voie spirituelle qui charme tous les petits. Mères, sœurs et épouses n’hésitent plus à parler chaque jour à Dieu, à la manière toute simple de la Carmélite. Dans les maisons vides où on tremble pour les hommes partis au front, on l’invoque avec ferveur, on envoie son image aux soldats. En 1915, 1 million d’exemplaires de l’autobiographie ont déjà été diffusés, parfois en version abrégée. Des tranchées, plus de 5 000 témoignages de protection miraculeuse affluent. Après guerre, « l’ouragan de gloire » qu’elle a suscité atteint tous les coins du monde. On retrouve son image jusque dans les plus hautes vallées du Tibet ou chez les esquimaux du pôle Nord… Pie XI la canonise en 1925 et la proclame bientôt patronne des missions avec saint François Xavier. Des millions d’âmes bénéficient de son influence bienfaisante.

D’où vient un tel enthousiasme dans le peuple chrétien ?

D’abord, de ce que sa vie est très simple et peut ainsi servir de modèle à tous. Une jeune fille « nature » évoque les années ensoleillées de son enfance mais aussi les dures épreuves traversées. Elle affirme avec un charmant esprit juvénile une volonté d’amour de Dieu total et exclusif. Son souci de perfection passe dans tous les petits actes de sa vie. Lingère et portière, réfectorière et sacristine, elle met en tout un amour de Dieu héroïque. Cela suffit pour en faire un modèle admirable.

Une autre raison plus profonde explique l’influence spirituelle de Thérèse : sa méthode de prière toute simple. « Pour moi, la prière, c’est un élan du cœur, c’est un simple regard jeté vers le ciel, c’est un cri de reconnaissance et d’amour au sein de l’épreuve comme au sein de la joie ; enfin, c’est quelque chose de grand et de surnaturel, qui me dilate l’âme et m’unit à Jésus. »

Thérèse se sent trop petite pour monter le rude escalier de la perfection. Elle cherche un ascenseur qui remédie à son impuissance, et le trouve dans un vif sentiment d’humilité, joint à une confiance portée jusqu’à l’audace en la bonté de son Père des cieux.

On comprend l’intérêt considérable de cette méthode de conversation brève et fréquente avec Dieu pour tous ceux que leurs horaires de travail tyranniques ou le remue-ménage ambiant privent de la possibilité de « faire oraison ». Sans interrompre leurs occupations profanes, ils lancent des flèches d’amour vers Dieu et transforment en amour leurs plus petites actions, tels les pétales de rose que les enfants jettent devant le Saint-Sacrement au cours des processions. Or « le plus petit mouvement de pur amour est plus utile à l’Église que toutes les autres œuvres réunies ensemble » (saint Jean de la Croix).