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vierge jeune charlier

L’AVENT

(Dom Gérard)


Nous voilà donc entrés dans le saint temps de l’Avent qui est par excellence un temps monastique, parce que les moines sont des veilleurs, des hommes de l’attente et du désir, non de la possession ou de l’assouvissement. La preuve, c’est que chaque fois qu’ils ont « réussi » selon le monde, chaque fois qu’ils s’y sont installés, pensant naïvement que le bien-être temporel leur permettrait une plus grande facilité pour le service des âmes, ils ont été pris au piège des biens terrestres : les biens que nous possédons finissent par nous posséder à leur tour. C’est l’histoire de toutes les réformes monastiques, aussi nombreuses que les décadences : un essaim de moines se détache et renoue avec les origines, la recherche de Dieu, mais dans une plus grande solitude et une plus grande pauvreté.

Notre vraie richesse, c’est notre attente des biens futurs. Nous ne sommes vraiment riches que de ce qui nous manque. Ce qu’on pourrait appeler l’âge d’or du Peuple élu, la phase de sa vie où il s’est constitué, ce ne furent nullement les années prestigieuses de la construction du Temple de Salomon, alors que les regards admiratifs étaient fixés sur Jérusalem, mais les quarante ans au désert où Dieu attirait Israël et lui parlait au cœur.

Ainsi le temps de l’Avent me semble-t-il plus propice que nul autre pour réveiller en nous cette spiritualité de l’attente où, malgré le bruit à l’entour, rien ne devrait distraire notre âme de son face-à-face avec Dieu. Jean-Baptiste, l’homme du désert, n’est-il pas le personnage principal de ce drame liturgique dont l’Église veut que nous soyons, aujourd’hui même, avec elle, les acteurs vivants? Dès le second dimanche de l’Avent le Messie interroge ses apôtres : « Qu’êtes-vous allés voir au désert ?... » Puis c’est Jean-Baptiste à son tour qui envoie des messagers demander à Jésus : «Tu es qui venturus es, an alium exspectamus?» (Es-tu celui qui doit venir, ou doit-on en attendre un autre?) Il y a dans cette parole, adressée à Jésus par les disciples de Jean, toute l’attente de l’Ancien Testament, toute l’attente des patriarches et des prophètes ; plus encore, la question fondamentale qui tourmentera l’humanité jusqu’à la fin des temps. Aux 3e et 4e dimanches de l’Avent, c’est encore de Jean au désert dont il sera question. Pourquoi? Parce que le désert, ce n’est pas seulement la mortification et la pénitence, c’est plus encore le désir du repos et de la paix, c’est la marche vers les sources, la vision lointaine des oasis; le désert, c’est le silence qui donne à la voix l’espace de son cri, Vox clamantis in deserto, ainsi se définit le prophète : une voix qui crie dans le désert. Et cette clameur qui s’élève d’un monde en détresse prendra, dans les jours qui pré- cèdent la Nativité, la forme d’un appel saisissant : ce sont les Grandes O, ces antiennes que l’Église lance sept fois vers le Ciel, comme une solennelle objurgation. Vous ne pouvez mieux vous préparer au grand mystère de la venue du Dieu fait homme, qu’en relisant avec fruit ces appels déchirants. Lisez lentement, et gardez en mémoire ces mots chargés de la méditation des siècles, qui nous révèlent à nous-mêmes et nous révèlent le mystère de Dieu.

Chers amis, je vous devine, au reçu de cette lettre, un peu inquiets, sinon désemparés, à l’idée du peu de temps dont vous disposez pour vous plonger dans ces grands textes; mais le feriez-vous, quelque chose manquerait encore à ce que nous venons de dire car, plus encore que les avertissements de Jean-Baptiste et les prophéties d’Isaïe, il y a au cœur même de ce saint temps de l’Avent une silhouette silencieuse qui, elle aussi, regarde le Ciel et attend. C’est la Vierge Marie. Elle a 14 ou 15 ans, ce qui est l’âge de la première maternité dans les pays de Palestine et du Moyen-Orient. Elle a reçu le Saint-Esprit, elle est toute pure, toute remplie de Dieu, elle attend la promesse. Elle est bien l’image de la Sainte Espérance, elle tient entre ses mains la clef d’or de notre bonheur qui est en nous et devant nous, mais elle ne nous la donnera que si nous lui présentons notre âme à ouvrir. Les âmes ouvertes à la Grâce sont rares. Soyons-en. Il suffit de faire un peu de silence et de rester tout petit. Alors peut-être naîtra en nous cette qualité de désir qui est la mesure de notre vraie grandeur.

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