10 décembre

Saint Melchiade

  • Mémoire de saint Melchiade, pape, martyr. Après avoir beaucoup souffert, il eut la joie de voir la paix donnée à l’Eglise. Il mourut en 314.
  • À Mérida, en Espagne, au IVe siècle, sainte Eulalie, vierge, qui, âgée de douze ans, subit un cruel martyre pour l’amour de Jésus-Christ.
  • À Rome, en 741, saint Grégoire III, pape ; il prit la défense du culte des saintes Images et encouragea saint Boniface dans l’évangélisation de la Germanie.
  • En Angleterre, à Tyburn, près de Londres, saint Jean Roberts, martyr en 1610. Converti au catholicisme lors d’un voyage à Paris et entré peu après chez les bénédictins de Compostelle, il revint dans son pays natal pour y ranimer le monachisme. Mais il fut condamné à la peine capitale pour avoir confessé qu’en dehors de l’Eglise, il n’y a pas de salut.

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HYMNE DE PRUDENCE A LA VIERGE EULALIE

Elle comptait douze hivers, lorsque, sur un bûcher crépitant, farouche, elle épouvanta ses bourreaux.
Déjà elle avait fait pressentir qu’elle ne tendait qu’au trône de Dieu, quand elle maltraitait ses membres destinés au lit conjugal, — toute petite fille qui ne savait pas jouer
Qui dédaignait les douceurs, écartait avec larmes les roses, repoussait les bracelets d’or ; qui, le visage serein, la démarche modeste, avait le front méditatif des vieillards.
Au bruit qu’une tourmente furieuse se lève contre les serviteurs de Dieu, qu’on ordonne aux chrétiens de brûler l’encens trempé de sang et de sacrifier à ses dieux funestes le foie d’une bête,
L’esprit sacré d’Eulalie frémit, et fière, elle se prépare à se jeter dans le tourbillon de la guerre ; le coeur rude, haletante de Dieu, femme, elle défie les armes des hommes.
Mais la piété maternelle veille à ce que la généreuse enfant reste cachée à la maison, perdue dans la campagne, loin de la ville, de peur que, sauvage, elle ne se rue à la mort glorieuse.
Elle, ne pouvant plus supporter cette lâche attente, de nuit, sans témoin, pousse la porte, ouvre en fugitive la barrière du parc et, à travers champs, fait route.
Elle va, les pieds déchirés par des lieux escarpés, dans l’ombre, accompagnée du choeur des anges, et quoique l’horrible nuit se taise, elle a avec elle Celui qui conduit le jour.
Dans sa course hâtive, elle a fait plusieurs milles avant que le jour s’ouvre, et, le matin, superbe, elle entre au tribunal et se dresse au milieu des faisceaux,
En criant : « Quelle fureur vous pousse à précipiter dans la mort, à déchirer aux pointes des rochers des coeurs prodigues d’eux-mêmes et à renier Dieu, père de tout ?
« Vous recherchez, horde misérable, la race des chrétiens ? Me voici, moi, l’ennemie de vos mystères démoniaques, foulant aux pieds vos idoles, et du coeur et de la bouche confessant Dieu.
« Isis, Apollon, Vénus, néan ! Néant aussi votre Maximien ; néant, ces dieux, parce que faits de main d’homme ; néant, votre empereur, parce qu’il adore les ouvrages des hommes ; frivolité et néant, l’une et l’autre chose.
« Que votre puissant Maximien, qui se fait le client de ces pierres, prostitue, voue à ses dieux sa propre tête ; mais; pourquoi frappe-t-il des coeurs généreux ?
« Ce bon chef, ce rare arbitre se repaît du sang innocent, et, gueule béante contre les corps pieux, il déchire de sobres entrailles, il jouit à torturer la foi.
« Adonc, bourreau, brûle, coupe, partage ces membres coagulés de boue ; briser cette fragile chose est facile. Mais ce qui ne sera pas pénétré par la douleur, c’est mon âme profonde. »
Exaspéré par ces paroles, le préteur s’écrie : « Enlève, licteur, cette furieuse ; écrase-la de supplices ; qu’elle sente qu’il est des dieux de la patrie et que le pouvoir du prince est lourd.
« Je désirerais pourtant qu’avant ta mort, si c’est possible, tu reviennes de ta méchanceté, sombre petite fille ; regarde, tu moissonnes les joies que te promettait une origine illustre.
« Songe à ta maison, glissée dans les larmes, et combien gémit, anxieuse, la noblesse de ta race, parce que tu meurs dans ta tendre fleur, au seuil presque de tes noces.
« Elle ne t’émeut donc pas, la pompe dorée de l’hymen ?
Elle ne te touche pas, la douleur vénérable de tes vieux parents, que ta téméraire faiblesse va perdre ? Voici préparés les instruments de ton abominable mort.
« Ou le glaive te tranchera la tête, ou tu seras déchirée par les bêtes féroces, ou livrée au bûcher fumant ; déplorable enfant, au milieu du désespoir dont hurleront les tiens, en cendres tu t’écouleras, consumée.
« Dis-moi, c’est donc une si grosse affaire que de te dérober à tout cela ? un peu de sel, une pincée d’encens, que bien disposée tu consentirais à toucher du bout de tes doigts, et voilà écarté le grave châtiment. »
La martyre ne répond rien, mais elle frémit et crache à la face du tyran ; puis elle brise les statues d met le pied sur l’autel.
Aussitôt les deux bourreaux lacèrent sa poitrine, les ongles de fer entrent dans son sein virginal qu’ils fendent jusqu’aux os ; Eulalie compte ses plaies.
Sans pleurs ni gémissements, joyeuse et intrépide, elle chantait. La dure douleur est hors de son âme ; le sang frais qui s’écoule d’elle comme une chaude fontaine lave sa peau et teint de pourpre ses membres.
Mais voici la dernière invention du bourreau ; on allume des lampes dont la flamme mord ses flancs et ravage ses entrailles.
Sa chevelure odorante avait glissé sur ses seins ; elle voltigeait sur ses épaules, protégeant sa pudeur virginale.
Mais la flamme crépitante vole jusqu’à son visage et, se répandant par les cheveux, gagne la tête ; la vierge, avide de mourir, aspire et boit aux flammes.
Alors, de la bouche de la martyre, émerge en rampant, plus blanche que neige, une colombe qui paraît la quitter et suivre les astres ; c’était l’âme d’Eulalie, toute blanche, toute légère, tout innocente.
Le cou se penche, au départ de l’âme ; le feu du bûcher se meurt ; la paix est rendue aux pauvres membres inanimés ; l’oiseau semble applaudir, du battement de ses ailes, puis il gagne le sommet du temple.
Il a vu l’oiseau sortir de la bouche de la jeune fille, le satellite du tyran. Stupéfait, épouvanté, il bondit, il s’enfuit de son ouvrage ; le licteur fuit aussi.
Et voici que l’hiver glacé se met à répandre la neige ; il en couvre tout le forum, et. sur les membres d’Eulalie encore pendants à la roue refroidie, il étend son très pâle linceul.