Vingt-sixième et dernier dimanche après la Pentecôte

Évangile selon saint Matthieu (24, 15-35)

En ce temps-là, Jésus dit à ses disciples : « Quand vous verrez l’effroyable abomination dont a parlé le prophète Daniel installée dans le Lieu saint, — lecteur, prends-y garde ! — alors, que les habitants de Judée s’enfuient dans les montagnes, que celui qui sera sur sa terrasse n’en descende pas pour prendre ce qui est chez lui, que celui qui sera aux champs ne retourne pas en arrière pour prendre son manteau. Malheur à celles qui seront enceintes ou à celles qui allaiteront en ces jours-là ! Priez pour que vous n’ayez pas à fuir l’hiver ou un jour de sabbat ! Il y aura alors en effet une grande calamité, telle qu’il n’y en a pas eu depuis le commencement du monde jusqu’à maintenant, et telle qu’il n’y en aura plus jamais. Et si ces jours n’avaient été abrégés, aucune créature n’échapperait ; mais à cause des élus, ces jours seront abrégés. Alors si l’on vous dit : ‘Attention ! le Christ est ici’, ou bien : ‘Il est là’, n’en croyez rien. Car il surgira de faux Christs et de faux prophètes, qui opéreront de grands miracles et prodiges, jusqu’à égarer, s’il était possible, les élus eux-mêmes. Vous voilà prévenus ! Si donc on vous dit : ‘Attention ! il est dans le désert’, n’y allez pas : ‘Attention ! il est dans les pièces retirées’, n’en croyez rien. Comme l’éclair, en effet, part de l’orient et brille jusqu’à l’occident, ainsi en sera-t-il de l’avènement du Fils de l’homme. Où que soit le cadavre, là se rassembleront les vautours. Aussitôt après ces jours de calamité, le soleil s’obscurcira, la lune ne donnera plus sa clarté, les astres tomberont du ciel, et les puissances des cieux seront ébranlées. Alors paraîtra dans le ciel le signe du Fils de l’homme, alors se lamenteront toutes les tribus de la terre, et elles verront le Fils de l’homme venir sur les nuées du ciel avec beaucoup de puissance et de gloire. Il enverra ses anges au son de la grande trompette, et ils rassembleront ses élus des quatre points de l’horizon d’une extrémité des cieux à l’autre. Comprenez cette comparaison tirée du figuier. Dès que son bois devient tendre et qu’il pousse des feuilles, on se rend compte que l’été est proche. Et vous, de même : quand vous verrez tout cela, rendez-vous compte que l’événement est proche, à vos portes. En vérité, je vous le dis, cette génération ne passera pas que tout cela ne soit arrivé. Le ciel et la terre passeront, mes paroles ne passeront point. »

Il est juste, frères, de célébrer l’avènement du Seigneur avec toute la dévotion possible, tellement son réconfort nous réjouit (…) et tellement son amour brûle en nous. Mais ne pensez pas seulement à son premier avènement, quand il est venu « chercher et sauver ce qui était perdu » (Lc 19,10) ; pensez aussi à cet autre avènement, quand il viendra pour nous emmener avec lui. Je voudrais vous voir sans cesse occupés à méditer sur ces deux avènements (…), « vous reposer entre ces deux bercails » (Ps 67,14), car ce sont là les deux bras de l’Époux entre lesquels reposait l’Épouse du Cantique des Cantiques : « Son bras gauche est sous ma tête, et sa droite m’entoure » (2,6). (…)
Mais il y a un troisième avènement entre les deux que j’ai évoqués, et ceux qui le connaissent peuvent s’y reposer pour leur plus grand bonheur. Les deux autres sont visibles : celui-ci ne l’est pas. Dans le premier, le Seigneur « est apparu sur la terre et a conversé avec les hommes » (Ba 3,38) (…); dans le dernier « Tout homme verra le salut de Dieu » (Lc 3,6; Is 40,5). (…) Celui du milieu est secret ; c’est celui où seuls les élus voient le Sauveur au-dedans d’eux-mêmes, et où leurs âmes sont sauvées.
Dans son premier avènement le Christ est venu dans notre chair et dans notre faiblesse ; dans son avènement intermédiaire il vient en Esprit et puissance ; dans son dernier avènement il viendra dans sa gloire et dans sa majesté. Mais c’est par la force des vertus que l’on parvient à la gloire, comme il est écrit : « Le Seigneur des armées, c’est lui le roi de gloire » (Ps 23,10), et dans le même livre : « Pour que je voie ta puissance et ta gloire » (62,3). Le second avènement est donc comme la voie qui conduit du premier au dernier. Dans le premier, le Christ a été notre rédemption ; dans le dernier, il apparaîtra comme notre vie ; dans sa venue intermédiaire, il est notre repos et notre consolation.
Saint Bernard

Nous annonçons l’avènement du Christ : non pas un avènement seulement, mais aussi un second, qui est beaucoup plus beau que le premier.
Celui-ci en effet comportait une signification de souffrance, et celui-là porte le diadème de la royauté divine.
Le plus souvent, en effet, tout ce qui concerne notre Seigneur Jésus-Christ est double.
Double naissance : une de Dieu avant les siècles ; l’autre de la Vierge à la plénitude des siècles. Double descente : l’une, imperceptible comme celle de la pluie sur la toison ; la seconde, éclatante, celle qui est à venir. Dans le premier avènement, il est enveloppé de langes dans la crèche ; dans le second, il est revêtu de lumière comme d’un manteau. Dans le premier, il a subi la croix, ayant méprisé la honte ; dans le second, il viendra escorté par l’armée des anges, en triomphateur.
Nous ne nous arrêtons pas au premier avènement : nous attendons aussi le second.
Le Sauveur ne viendra pas pour être jugé de nouveau, mais pour juger ceux qui l’ont traduit en jugement. Lui qui a gardé le silence lors du premier jugement, il rappellera leur crime aux misérables qui ont osé Le mettre en croix, en disant : Voilà ce que tu as fait, et j’ai gardé le silence.
Alors il est venu selon le dessein de miséricorde et il enseignait les hommes par persuasion. Mais lors du second avènement, ils seront contraints de reconnaître sa royauté.
Le prophète Malachie a parlé des deux avènements : « Soudain viendra dans son Temple le Seigneur que vous cherchez. » Voilà pour le premier. Et aussitôt il ajoute pour le second : « Le messager de l’Alliance que vous désirez, voici qu’il vient, le Seigneur tout-puissant. Qui pourra soutenir sa vue ? Car il est pareil au feu du fondeur, pareil à la lessive des blanchisseurs. Il s’installera pour fondre et purifier. »
Saint Paul veut parler aussi de ces deux avènements lorsqu’il écrit à Tite : « La grâce de Dieu s’est manifestée pour le salut de tous les hommes. C’est elle qui nous apprend à rejeter le péché et les passions d’ici-bas, pour vivre dans le monde présent en hommes raisonnables, justes et religieux, et pour attendre le bonheur que nous espérons avoir quand se manifestera la gloire de Jésus-Christ, notre grand Dieu et notre Sauveur. »
Donc, notre Seigneur Jésus-Christ viendra du ciel. Il viendra vers la fin du monde, avec gloire, au dernier jour. Car la fin du monde arrivera et ce monde créé sera renouvelé.
Saint Cyrille de Jérusalem